L'autorité parentale après le divorce : décisions communes, actes usuels et désaccords

Le divorce ne change pas l'autorité parentale : les deux parents continuent de l'exercer ensemble (articles 372 et 373-2 du Code civil). Chacun peut accomplir seul les actes usuels, comme une inscription à l'école publique ou des soins courants ; les décisions importantes se prennent à deux. Le juge peut infliger une amende civile allant jusqu'à 10 000 € au parent qui fait obstacle à l'autre.

Le divorce change-t-il l'autorité parentale ?

Non. Les père et mère exercent en commun l'autorité parentale (article 372 du Code civil), et la séparation des parents est sans incidence sur les règles de dévolution de cet exercice (article 373-2). Le divorce ne crée donc ni « parent principal » ni « parent secondaire » sur le plan juridique.

L'autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs qui permet de protéger l'enfant et de décider pour lui jusqu'à sa majorité : santé, éducation, sécurité. Ce qui change avec le divorce, c'est l'organisation matérielle : où vit l'enfant, quand il voit chacun de ses parents, comment les frais sont partagés.

La convention de divorce règle cette organisation, mais elle ne peut pas retirer l'autorité parentale à l'un des parents. Seul un juge peut en confier l'exercice à un seul parent, si l'intérêt de l'enfant le commande (article 373-2-1).

Quelles décisions un parent peut-il prendre seul ?

Chaque parent peut accomplir seul les actes usuels. À l'égard des tiers de bonne foi, chacun des parents est réputé agir avec l'accord de l'autre (article 372-2 du Code civil) : un médecin ou un directeur d'école n'a pas à vérifier que l'autre parent est d'accord.

Exemples d'actes usuels reconnus par les tribunaux (selon Service-Public.fr)
DomaineExemples d'actes usuels
AdministratifDemande de carte d'identité ou de passeport ; sortie du territoire, sauf interdiction par un juge
ÉcoleInscription ou désinscription dans une école publique ; justification d'une absence ponctuelle ; sortie scolaire à la journée
SantéVaccinations obligatoires, soins courants, traitement d'une maladie récurrente, accès au dossier médical pour le suivi courant, séances ponctuelles chez un psychologue
ImagePartage d'une photo de l'enfant avec un cercle restreint de proches

Le parent qui agit seul doit informer l'autre, par tout moyen. Et si l'autre parent a fait connaître son opposition au tiers, celui-ci doit la respecter : la présomption d'accord tombe.

Quelles décisions exigent l'accord des deux parents ?

Tous les actes qui ne sont pas usuels exigent l'accord des deux parents. La loi n'en dresse pas la liste ; il s'agit en pratique des décisions qui rompent avec le passé de l'enfant ou engagent durablement son avenir.

Les juges examinent chaque cas, mais on range habituellement dans cette catégorie le choix d'une orientation scolaire structurante, une intervention chirurgicale non urgente, un traitement médical lourd, la pratique d'une religion ou la diffusion large de l'image de l'enfant. Un changement de résidence de l'enfant qui modifie l'organisation prévue relève aussi d'une décision à deux.

Beaucoup de parents ajoutent dans la convention des règles simples : se consulter par écrit avant toute décision importante, fixer un délai de réponse, partager les informations scolaires et médicales. Ces clauses ne créent pas de droits nouveaux, mais elles évitent les malentendus.

Le parent chez qui l'enfant ne vit pas a-t-il droit à l'information ?

Oui. Exerçant l'autorité parentale, il a les mêmes droits que l'autre parent : il peut s'adresser directement à l'école, au médecin ou au club sportif. Chaque parent doit par ailleurs maintenir des relations personnelles avec l'enfant et respecter ses liens avec l'autre parent (article 373-2).

Même lorsque le juge a confié l'exercice de l'autorité parentale à un seul parent, l'autre doit être informé des choix importants relatifs à la vie de l'enfant (article 373-2-1). Il garde aussi, sauf motifs graves, un droit de visite et d'hébergement.

À retenir

Le parent chez qui vit l'enfant n'est pas un « filtre » : l'autre parent peut obtenir lui-même bulletins, rendez-vous et informations médicales. L'informer reste toutefois une obligation pour le parent qui a pris seul un acte usuel.

Que faire en cas de désaccord entre parents ?

En cas de désaccord sur un acte, l'un ou l'autre parent peut saisir le juge aux affaires familiales, qui tranche selon l'intérêt de l'enfant. L'avocat n'est pas obligatoire. En urgence, par exemple pour un changement d'école imminent, une procédure accélérée existe.

Avant d'en arriver là, la médiation familiale permet souvent de débloquer la situation. Le juge peut lui-même la proposer, sauf si des violences sont alléguées ou en cas d'emprise manifeste (article 373-2-10). Notre guide sur la médiation familiale explique comment la mettre en place.

Le juge dispose aussi de moyens de contrainte. Il peut ordonner une astreinte pour assurer l'exécution de sa décision, et condamner le parent qui fait délibérément obstacle à l'exercice de l'autorité parentale de l'autre à une amende civile qui ne peut excéder 10 000 € (article 373-2-6).

Violences

En cas de violences, la coparentalité ne doit jamais servir de prétexte au contact. Appelez le 3919 (gratuit et anonyme) ou le 17 en urgence. Le juge aux affaires familiales peut délivrer une ordonnance de protection.

Voyages, papiers et sortie du territoire : qui signe ?

Pour les papiers d'identité, un seul parent suffit : la demande de carte d'identité ou de passeport est un acte usuel. Pendant son temps d'accueil, chaque parent peut aussi partir en vacances avec l'enfant, y compris à l'étranger, sauf interdiction prononcée par un juge.

L'autorisation de sortie du territoire n'est exigée que si l'enfant mineur quitte la France sans être accompagné d'un titulaire de l'autorité parentale. Elle n'est pas nécessaire quand il voyage avec un seul de ses parents, même séparés. Un seul parent la signe, pour une durée d'un an au plus.

En cas de crainte d'un départ définitif, le juge aux affaires familiales peut interdire la sortie de l'enfant du territoire français sans l'autorisation des deux parents ; cette interdiction est inscrite au fichier des personnes recherchées (article 373-2-6). Pour un projet de déménagement, lisez notre guide sur le déménagement après le divorce.

Questions fréquentes

Un parent peut-il publier des photos de l'enfant sur les réseaux sociaux ?

Partager une photo avec un cercle restreint de proches est considéré comme un acte usuel. En cas de désaccord sur une diffusion plus large, le juge aux affaires familiales peut être saisi : la loi lui permet d'encadrer la diffusion de contenus relatifs à l'enfant (article 373-2-6).

Le juge peut-il retirer l'autorité parentale à un parent ?

Oui, mais seulement dans des cas graves. Selon Service-Public.fr, le juge peut confier l'exercice de l'autorité parentale à un seul parent si l'intérêt de l'enfant le commande, et un retrait de l'autorité parentale peut être prononcé en cas de manquement grave.

Peut-on prévoir dans la convention qu'un seul parent décide ?

Non. Les parents ne peuvent pas, par la convention de divorce, retirer l'exercice de l'autorité parentale à l'un d'eux. Seul le juge peut le confier à un parent, si l'intérêt de l'enfant le commande.

Que risque le parent qui cache sa nouvelle adresse ?

Le parent chez qui vit l'enfant doit communiquer sa nouvelle adresse à l'autre parent dans le mois qui suit son déménagement. À défaut, il commet un délit puni de six mois d'emprisonnement et de 7 500 € d'amende.

Sources