Divorce binational avec enfants : résidence et déplacements

Un divorce amiable binational peut fixer la résidence des enfants et le droit de visite, y compris entre deux pays. Mais tout déménagement qui modifie l'organisation doit faire l'objet d'une information préalable de l'autre parent (article 373-2 du Code civil), et un désaccord se règle devant le juge. En cas de risque d'enlèvement, une opposition de sortie du territoire de 15 jours peut être demandée en urgence.

Peut-on organiser la vie des enfants dans une convention de divorce binationale ?

Oui. La convention de divorce par consentement mutuel règle la résidence des enfants, le droit de visite et d'hébergement, et la contribution à leur entretien, comme pour tout divorce. Chaque enfant mineur doit être informé de son droit d'être entendu par un juge ; s'il le demande, le divorce doit passer devant le juge (article 229-2 du Code civil).

Quand les parents vivent ou vont vivre dans deux pays différents, la convention doit être plus précise : répartition des vacances, organisation et coût des trajets, langue de scolarisation, échanges à distance. Ces détails évitent beaucoup de conflits par la suite.

Le guide divorce amiable avec enfants présente les règles générales. Celui-ci se concentre sur ce que la dimension internationale change.

Quel pays est compétent pour les questions concernant les enfants ?

En principe, celui où l'enfant vit habituellement. Le règlement (UE) 2019/1111 donne compétence, en matière de responsabilité parentale, aux juridictions de l'État membre de la résidence habituelle de l'enfant (article 7). Les parents peuvent, à certaines conditions, choisir les juridictions d'un autre État avec lequel l'enfant a un lien étroit, si ce choix est dans son intérêt (article 10).

Pour la convention, une règle compte particulièrement : le certificat européen qui permet de faire valoir ses clauses sur les enfants dans un autre État membre (annexe IX) est refusé si des éléments indiquent que leur contenu est contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant (article 66, 3). En France, ce certificat se demande au président du tribunal judiciaire du lieu de dépôt de la convention (article 509-1 du Code de procédure civile).

Quelle loi s'applique à l'autorité parentale ?

Selon la circulaire du ministère de la Justice du 26 janvier 2017, la Convention de La Haye du 19 octobre 1996 prévoit que l'exercice de la responsabilité parentale est régi par la loi de l'État de la résidence habituelle de l'enfant (article 17). La loi qui gouverne le divorce lui-même ne s'étend donc pas automatiquement aux enfants.

Concrètement, si votre enfant vit en Espagne après la séparation, c'est en principe la loi espagnole qui régira l'exercice de l'autorité parentale, même si vous avez divorcé en France selon la loi française. La circulaire invite les avocats à préciser la loi applicable pour chaque effet du divorce dans la convention. Le guide quelle loi s'applique à un divorce international détaille ces règles.

Peut-on partir vivre à l'étranger avec les enfants après le divorce ?

Pas sans en informer l'autre parent. L'article 373-2 du Code civil impose que tout changement de résidence d'un parent qui modifie les modalités d'exercice de l'autorité parentale fasse l'objet d'une information préalable et en temps utile de l'autre parent. En cas de désaccord, le parent le plus diligent saisit le juge aux affaires familiales, qui statue selon l'intérêt de l'enfant, répartit les frais de déplacement et ajuste la pension.

Ce même article précise que chaque parent doit maintenir des relations personnelles avec l'enfant et respecter ses liens avec l'autre parent. Un départ à l'étranger décidé seul peut constituer un déplacement illicite.

Si un départ est envisagé dès le divorce, mieux vaut l'organiser dans la convention : date, nouvelle résidence, calendrier de visite, partage du coût des trajets. Pour un déménagement plus tardif, voir notre guide déménagement d'un parent après le divorce.

Voyages et vacances à l'étranger : quelles autorisations ?

Selon service-public.gouv.fr, un enfant qui voyage avec l'un de ses parents n'a pas besoin d'autorisation de sortie du territoire. L'autorisation de sortie du territoire (AST) est obligatoire seulement lorsqu'un mineur qui vit en France quitte le territoire sans être accompagné d'une personne titulaire de l'autorité parentale.

SituationFormalitéDurée
Enfant voyageant avec son père ou sa mèrePièce d'identité de l'enfant, pas d'AST—
Enfant voyageant seul ou avec un tiersAST signée par un parent, copie de sa pièce d'identité1 an maximum
Risque imminent d'enlèvementOpposition de sortie du territoire (OST) en préfecture15 jours, non prolongeable
Risque d'enlèvement établiInterdiction de sortie du territoire (IST) par le jugeFixée par le jugement

La convention peut prévoir des règles pratiques : prévenir l'autre parent avant un voyage, communiquer l'adresse sur place, se remettre les passeports.

Comment prévenir un déplacement illicite de l'enfant ?

Deux mesures existent. L'opposition de sortie du territoire (OST) est une mesure d'urgence, demandée en préfecture, ou au commissariat ou à la gendarmerie si les services sont fermés et que le départ est imminent. Elle est valable 15 jours au maximum, sans prolongation possible, selon service-public.gouv.fr.

L'interdiction de sortie du territoire (IST) est une décision du juge aux affaires familiales, qui suppose de démontrer le risque d'enlèvement. Une convention de divorce par acte d'avocats ne peut pas la prononcer, puisqu'aucun juge n'intervient : si un tel risque existe, le divorce sans juge n'est sans doute pas la bonne voie.

Diplomatie.gouv.fr conseille aussi, pour un enfant binational, d'écrire à l'ambassade ou au consulat de l'autre pays pour demander qu'aucun passeport ne lui soit délivré sans votre accord, d'informer l'école de vos craintes, et de conserver des copies des pièces d'identité.

Que faire en cas d'enlèvement parental vers l'étranger ?

Agir vite. Si l'enfant a été emmené dans un pays lié à la France par la Convention de La Haye du 25 octobre 1980, l'autorité centrale française, le département de l'entraide, du droit international privé et européen (DEDIPE) du ministère de la Justice, coopère avec son homologue pour obtenir son retour. Pour les pays sans convention, diplomatie.gouv.fr oriente vers son bureau de la protection des mineurs et de la famille.

Le 116 000, numéro gratuit, accompagne les familles 24 heures sur 24. La soustraction d'un enfant à l'autre parent est aussi une infraction pénale (article 227-7 du Code pénal), qui peut faire l'objet d'une plainte. Consultez sans attendre un avocat.

Exemple

Émilie, française, et Javier, espagnol, vivent à Bordeaux avec leur fille de 8 ans. Javier veut retourner à Madrid. Dans leur convention, ils fixent la résidence de l'enfant chez Émilie, un droit de visite pendant la moitié des vacances, la prise en charge des billets d'avion par Javier et un appel vidéo deux fois par semaine. Chez Divorcial, chaque parent a son propre avocat pour rédiger ces clauses, et un conseiller suit le dossier jusqu'au dépôt.

À retenir

Une convention binationale peut organiser la vie de l'enfant entre deux pays, mais un déménagement exige d'informer l'autre parent à l'avance. Si vous craignez un départ non consenti, seul un juge peut interdire la sortie du territoire : le divorce amiable n'est alors pas adapté.

Questions fréquentes

La pension alimentaire fixée dans la convention peut-elle être recouvrée à l'étranger ?

C'est plus délicat que pour un jugement. Selon la circulaire de 2017, la convention de divorce par acte d'avocats n'entre pas dans le règlement européen sur les obligations alimentaires. En cas d'impayé à l'étranger, une homologation par le juge local peut être nécessaire. Parlez-en à votre avocat.

L'enfant binational peut-il avoir deux passeports ?

Le droit français ne s'y oppose pas si l'enfant a aussi la nationalité de l'autre pays. La demande de passeport est en principe un acte usuel. En cas de désaccord, le parent qui s'y oppose doit le signaler par écrit aux services des passeports, selon diplomatie.gouv.fr.

Faut-il traduire la convention pour l'autre pays ?

Souvent, oui. Les autorités étrangères peuvent exiger une traduction par un traducteur assermenté. Dans l'Union européenne, le certificat de l'annexe IX accompagne les clauses sur les enfants. Notre guide sur la traduction et l'apostille détaille les formalités.

Que se passe-t-il si l'enfant demande à être entendu par le juge ?

Le divorce sans juge devient impossible (article 229-2 du Code civil). Les parents peuvent alors divorcer par consentement mutuel devant le juge, en lui soumettant une convention qu'il homologue après avoir entendu l'enfant.

Sources