Prestation compensatoire en divorce amiable : critères, calcul et fiscalité

La prestation compensatoire compense la disparité de niveau de vie que le divorce crée entre les époux (article 270 du Code civil). Il n'existe aucun barème légal : dans un divorce amiable, les époux en fixent librement le montant et la forme avec leurs avocats. Versée en capital dans les 12 mois, elle ouvre droit à une réduction d'impôt de 25 %, plafonnée à 7 625 €.

Qu'est-ce que la prestation compensatoire ?

Pendant le mariage, les époux se doivent secours. Le divorce met fin à ce devoir (article 270 du Code civil). Pour éviter que la rupture ne laisse l'un des deux dans une situation nettement moins favorable que l'autre, la loi prévoit qu'un époux peut être tenu de verser à l'autre une prestation destinée à compenser, autant qu'il est possible, la disparité que la rupture crée dans leurs conditions de vie respectives.

Trois caractéristiques la distinguent d'une pension alimentaire. Elle est forfaitaire : on fixe un montant global une fois pour toutes. Elle prend en principe la forme d'un capital. Et elle ne dépend pas de qui « a tort » : dans un divorce par consentement mutuel, la question de la faute ne se pose pas.

La prestation compensatoire n'est pas automatique. Elle n'existe que si une disparité réelle apparaît, et les époux peuvent constater dans leur convention qu'aucune prestation n'est due : l'article 229-3 du Code civil impose de régler son versement « s'il y a lieu ». Elle ne peut être demandée qu'au moment du divorce : une fois la convention déposée chez le notaire, il n'est plus possible de la réclamer.

Sur quels critères se fixe le montant ?

L'article 271 du Code civil fixe la règle de fond : la prestation dépend des besoins de l'époux qui la reçoit et des ressources de celui qui la verse, en tenant compte de la situation au moment du divorce et de son évolution dans un avenir prévisible. Il énumère ensuite, de façon non limitative, les éléments à prendre en considération :

Pour que ces critères reposent sur des chiffres exacts, chaque époux fournit une déclaration certifiant sur l'honneur l'exactitude de ses ressources, revenus, patrimoine et conditions de vie (article 272 du Code civil). En cas de difficulté, le patrimoine peut être évalué par un professionnel qualifié, par exemple un notaire.

À retenir

Le critère central n'est pas l'écart de salaires du jour, mais l'écart de niveau de vie que le divorce va créer, apprécié dans la durée : carrière sacrifiée, retraite réduite, patrimoine propre de chacun après le partage.

Existe-t-il une formule de calcul de la prestation compensatoire ?

Non. Aucun texte ne fixe de barème ni de formule de calcul de la prestation compensatoire. Les simulateurs « en 2 clics » qui donnent un chiffre précis reposent donc sur des hypothèses qui leur sont propres.

En pratique, les avocats et les notaires utilisent plusieurs méthodes d'estimation, qui ne sont consacrées par aucun texte et n'engagent personne. Elles se rattachent à trois grandes approches :

Ces méthodes donnent des ordres de grandeur parfois très différents pour une même situation. Elles servent de point de départ à la discussion, que chaque avocat confronte ensuite aux critères de l'article 271. C'est la raison pour laquelle un chiffrage sérieux demande les avis d'imposition, l'état du patrimoine et un relevé de carrière, et non une simple différence de salaires.

Sous quelle forme peut-on la verser ?

Dans un divorce par consentement mutuel, ce sont les époux qui fixent le montant et les modalités de la prestation dans leur convention (article 278 du Code civil). Ils peuvent prévoir que le versement cessera à la réalisation d'un événement déterminé, et choisir une rente attribuée pour une durée limitée. Les formes possibles reprennent celles des articles 274 à 276 :

CritèreCapital versé sous 12 moisCapital échelonné sur plus de 12 moisRente
DuréeUne fois, ou étalé sur 12 mois au plusJusqu'à 8 ansDurée fixée par la convention, ou viagère à titre exceptionnel
IndexationSans objet en cas de versement uniqueOui, comme les pensions alimentairesOui
Avantage fiscal pour celui qui verseRéduction d'impôt de 25 %, plafonnée à 7 625 €Sommes déductibles du revenu imposableSommes déductibles du revenu imposable
Imposition de celui qui reçoitNon imposableImposable comme une pensionImposable comme une pension
Révision possibleNon, une fois versé en une foisModalités de paiement seulement, dans les conditions de l'article 279Révision, suspension ou suppression, dans les conditions de l'article 279
Sécurité pour celui qui reçoitMaximale : la somme est acquiseDépend de la solvabilité du débiteur dans la duréeDépend de la solvabilité du débiteur dans la durée

Quelle est la fiscalité de la prestation compensatoire ?

Le traitement fiscal dépend entièrement du calendrier de versement. Le point de départ, dans un divorce amiable, est la date à laquelle la convention a acquis force exécutoire, c'est-à-dire la date de son dépôt chez le notaire.

Capital versé sur 12 mois au plus. Les sommes versées et les biens ou droits attribués ouvrent droit, pour l'époux qui paie et qui est domicilié en France, à une réduction d'impôt égale à 25 % de leur montant, retenu dans la limite de 30 500 € (article 199 octodecies du Code général des impôts). La réduction maximale est donc de 7 625 €. Pour l'époux qui reçoit, ce capital n'est pas imposable. Si les versements s'étalent sur deux années civiles, la réduction est répartie entre ces deux années au prorata des sommes versées.

Capital versé sur plus de 12 mois. Les versements suivent le régime des pensions alimentaires (article 80 quater du Code général des impôts) : ils sont déductibles du revenu imposable de celui qui paie et imposables pour celui qui reçoit, après l'abattement de 10 % applicable aux pensions.

Rente. Elle suit également le régime des pensions alimentaires : déductible pour le débiteur, imposable pour le créancier. Si un capital versé dans les 12 mois est complété par une rente, le débiteur cumule la réduction d'impôt sur le capital et la déduction des rentes.

Exemple chiffré

La convention de Sophie et Karim est déposée chez le notaire en mars. Karim doit verser une prestation compensatoire en capital.

  • 20 000 € versés en une fois en avril : réduction d'impôt de 25 % × 20 000 € = 5 000 €. Sophie n'a rien à déclarer.
  • 40 000 € versés en une fois : la base est plafonnée à 30 500 €, soit une réduction de 25 % × 30 500 € = 7 625 €.
  • 40 000 € versés sur quatre ans : pas de réduction d'impôt. Karim déduit chaque année les sommes versées de son revenu imposable ; Sophie les déclare comme une pension.

Le bon choix dépend des taux d'imposition respectifs des deux époux et de la trésorerie disponible : faites-le valider par vos avocats avant de signer.

Attention au calendrier écrit dans la convention

Service-Public précise que les sommes versées sur plus de 12 mois ne sont pas déductibles lorsque la décision prévoyait un délai de versement plus court. Le calendrier écrit dans la convention doit donc être réaliste dès la signature.

Comment négocier la prestation compensatoire dans un divorce amiable ?

Dans un divorce par consentement mutuel sans juge, aucun magistrat ne contrôle le montant retenu. Cette liberté est un avantage : vous pouvez construire une solution sur mesure, par exemple l'attribution de votre part du logement plutôt qu'un versement en argent, un capital payé au moment de la vente d'un bien, ou une rente qui s'arrête à la retraite du débiteur. Elle suppose en contrepartie que chacun soit réellement conseillé.

C'est tout le sens de la règle des deux avocats : chacun défend l'intérêt de son propre client, vérifie les chiffres de l'autre et s'assure que son client ne renonce pas à un droit sans le savoir. Une négociation sereine repose sur quelques réflexes :

La prestation compensatoire devient exigible à la date du dépôt de la convention chez le notaire. Elle est l'une des mentions qui doivent figurer dans la convention de divorce.

Peut-on réviser la prestation compensatoire après le divorce ?

Le principe est la stabilité : la prestation compensatoire est forfaitaire. L'article 279 du Code civil, applicable aux conventions d'avocats déposées chez un notaire, permet toutefois aux époux de prévoir dans leur convention que chacun pourra, en cas de changement important dans les ressources ou les besoins de l'un ou de l'autre, demander au juge de réviser la prestation. Le même article rend applicables, selon la forme choisie, les règles suivantes :

En cas de décès du débiteur, la prestation restant due est prélevée sur la succession, dans la limite de l'actif successoral, et le solde devient immédiatement exigible (article 280 du Code civil), sauf disposition particulière de la convention.

Une prestation bien pensée dès le départ limite les retours devant le juge. Pour évaluer le coût global de votre divorce, consultez notre guide prix d'un divorce amiable ou demandez à être rappelé par un conseiller, et retrouvez les étapes dans notre guide sur la procédure de divorce par consentement mutuel.

Questions fréquentes

La prestation compensatoire est-elle obligatoire dans un divorce amiable ?

Non. Elle n'est due que si le divorce crée une disparité dans les conditions de vie des époux. La convention doit régler la question, soit en fixant une prestation, soit en constatant qu'il n'y en a pas lieu.

Comment calculer la prestation compensatoire ?

Aucun barème légal n'existe. Le montant se fixe selon les besoins de l'époux qui la reçoit et les ressources de l'autre, au regard des critères de l'article 271 du Code civil : durée du mariage, âge, santé, carrière, patrimoine et retraite. Les avocats utilisent des méthodes d'estimation qui servent de base à la discussion.

Quelle est la réduction d'impôt pour une prestation compensatoire ?

Lorsqu'elle est versée en capital dans les 12 mois suivant le dépôt de la convention, elle ouvre droit à une réduction d'impôt de 25 % des sommes versées, retenues dans la limite de 30 500 €, soit 7 625 € au maximum.

La prestation compensatoire est-elle imposable pour celui qui la reçoit ?

Un capital versé sur 12 mois au plus n'est pas imposable pour celui qui le reçoit. En revanche, un capital versé sur plus de 12 mois et une rente sont imposables comme des pensions alimentaires.

Sur combien d'années peut-on étaler une prestation compensatoire ?

Un capital peut être versé en plusieurs fois, sous forme de versements périodiques indexés, dans la limite de huit ans. À titre exceptionnel, le juge peut autoriser une durée plus longue en cas de changement important de la situation du débiteur.

Peut-on demander une prestation compensatoire après le divorce ?

Non. La prestation compensatoire doit être fixée au moment du divorce. Une fois la convention déposée chez le notaire, il n'est plus possible de la demander.

Que devient la prestation compensatoire si celui qui la verse décède ?

Elle est prélevée sur la succession, dans la limite de l'actif successoral, et le solde devient immédiatement exigible. Les héritiers n'ont pas à la payer sur leurs biens personnels, sauf s'ils choisissent de maintenir les modalités de paiement par acte notarié.

Sources