Entreprise, parts sociales et divorce : ce qui se partage

Au divorce, l'époux chef d'entreprise garde en principe ses parts et la direction de sa société. Mais sous la communauté légale, si l'entreprise a été créée ou achetée pendant le mariage avec des fonds communs, sa valeur est commune : l'autre époux a droit à la moitié de cette valeur, versée sous forme d'autres biens ou d'une soulte.

L'entreprise de votre conjoint est-elle partagée au divorce ?

Sa valeur peut l'être, selon votre régime matrimonial et la date de création ou d'acquisition. Sous la communauté légale, une entreprise créée ou achetée pendant le mariage, ou des parts sociales souscrites avec des revenus du couple, sont des acquêts, donc des biens communs (article 1401 du Code civil). Une entreprise possédée avant le mariage, héritée ou reçue par donation reste propre à son titulaire (article 1405).

SituationCommunauté légaleSéparation de biens
Société créée pendant le mariage avec des fonds communsValeur des parts communePersonnelle à l'associé
Parts détenues avant le mariage, héritées ou donnéesPropres, sous réserve de récompensePersonnelles à l'associé
Fonds de commerce créé pendant le mariageCommunPersonnel à l'exploitant
Instruments de travail nécessaires à la professionPropres, sous réserve de récompensePersonnels

Sous la séparation de biens, l'entreprise reste à celui qui en est titulaire. L'autre époux ne peut faire valoir qu'une créance s'il a financé une partie de l'investissement. C'est l'une des raisons pour lesquelles de nombreux entrepreneurs choisissent ce régime.

Parts sociales : l'époux associé doit-il céder ses parts ?

Non. Le droit distingue le titre et la valeur. La qualité d'associé, avec le droit de vote et le pouvoir de gérer, reste en principe attachée à l'époux qui a souscrit ou acheté les parts. Ce qui entre dans la communauté, c'est la valeur patrimoniale de ces parts.

Au partage, l'époux associé conserve donc ses parts et « rachète » en quelque sorte la moitié de leur valeur à l'autre, par compensation avec d'autres biens ou par une soulte. L'entreprise continue de fonctionner sans que le conjoint entre au capital.

Une nuance existe pour les sociétés dont les parts ne sont pas négociables, comme beaucoup de SARL ou de sociétés civiles. Lorsque des biens communs servent à acquérir ces parts, le conjoint doit en être averti et peut, sous conditions, revendiquer la qualité d'associé pour la moitié des parts (article 1832-2 du Code civil). Ce droit ne s'exerce que jusqu'à la dissolution de la communauté. Les statuts de la société, et notamment les clauses d'agrément des nouveaux associés, sont à examiner avec votre avocat.

Comment évalue-t-on une entreprise ou des parts sociales au divorce ?

Par une évaluation au plus près du partage, idéalement confiée à un professionnel. Les biens à partager sont estimés à leur valeur à la date de la jouissance divise, fixée en principe le plus près possible du partage (article 829 du Code civil, applicable au partage de communauté par renvoi de l'article 1476).

Il n'existe pas de méthode légale unique. Un expert-comptable ou un évaluateur combine en général plusieurs approches : la valeur des actifs nets de l'entreprise, sa rentabilité, et les prix observés pour des entreprises comparables. Les derniers bilans, les comptes courants d'associé et les éventuels engagements de caution du dirigeant sont à examiner.

Dans un divorce par consentement mutuel, les deux époux doivent se mettre d'accord sur cette valeur, chacun conseillé par son avocat. Une évaluation contradictoire, acceptée des deux, limite le risque de contestation ultérieure. Si l'écart d'appréciation est trop grand, un divorce amiable peut devenir difficile : notre guide divorce amiable ou judiciaire vous aide à faire le point.

Que deviennent le fonds de commerce, le cabinet et les outils de travail ?

Un fonds de commerce créé ou acheté pendant le mariage avec des fonds communs est un bien commun. Un époux ne peut d'ailleurs pas vendre seul un fonds de commerce commun : l'accord des deux est exigé pour céder certains biens communs, dont les immeubles et les fonds de commerce (article 1424 du Code civil).

Les instruments de travail nécessaires à la profession d'un époux lui restent propres, même achetés pendant le mariage, sous réserve d'une récompense due à la communauté qui les a financés. Cette règle ne joue pas lorsqu'ils sont l'accessoire d'un fonds de commerce ou d'une exploitation qui dépend de la communauté (article 1404, alinéa 2).

Pour les professions libérales, comme un cabinet médical ou d'architecte, la valeur patrimoniale de la clientèle, lorsqu'elle est cessible, est un point technique qui mérite l'analyse d'un avocat. Les revenus tirés de l'activité pendant le mariage, eux, sont des gains et salaires communs.

Comment l'autre époux est-il indemnisé s'il ne garde pas l'entreprise ?

Par compensation ou par une soulte. Lorsque la valeur de l'entreprise est commune, l'époux qui la conserve doit à l'autre la moitié de cette valeur, après prise en compte de tous les autres biens et dettes du couple.

Exemple

Nadia et Luc sont mariés sans contrat. Nadia a créé pendant le mariage une SARL dont les parts sont évaluées à 120 000 €. Le couple a aussi 40 000 € d'épargne commune. La masse commune est de 160 000 €, soit 80 000 € chacun. Nadia garde ses parts (120 000 €) ; Luc reçoit l'épargne (40 000 €) et une soulte de 40 000 € versée par Nadia. Le droit de partage de 1,10 % porte sur 160 000 € : 1 760 €.

Si la soulte ne peut pas être payée immédiatement, un paiement différé ou échelonné peut être prévu dans la convention. Il doit être assorti de garanties sérieuses : la convention a force exécutoire, mais un créancier non garanti reste exposé si le débiteur rencontre des difficultés. Votre avocat vous conseillera sur ces garanties.

Que deviennent les dividendes et le compte courant d'associé ?

Les dividendes distribués pendant le mariage sont des revenus. Sous la communauté, s'ils ont été économisés, ils sont communs, même s'ils proviennent de parts propres (article 1401 du Code civil). Ils se retrouvent donc dans l'épargne du couple à partager.

Le compte courant d'associé correspond aux sommes que l'associé a prêtées à sa société. Si ces sommes provenaient de fonds communs, la créance sur la société a, en principe, la même nature commune et doit figurer dans l'état liquidatif. À l'inverse, des fonds propres apportés à une société commune ouvrent droit à une récompense au profit de l'époux concerné.

Les bénéfices laissés en réserve dans la société, sans être distribués, posent une question plus délicate. Leur traitement dépend de la situation : c'est un point à faire examiner par votre avocat, notamment dans les sociétés familiales ou les holdings.

Comment protéger l'entreprise pendant et après le divorce ?

En anticipant et en documentant. Avant toute négociation, réunissez les statuts, le registre des mouvements de titres, les trois derniers bilans et l'historique des apports. Identifiez l'origine des fonds investis : un apport issu d'un héritage n'a pas la même nature qu'un apport payé avec des salaires. Notre guide sur l'héritage et les biens propres explique comment le prouver.

Pendant la procédure, chacun doit continuer à gérer normalement. Un époux qui dissimulerait des biens communs s'exposerait à perdre sa part sur ces biens (article 1477 du Code civil). Après le divorce, si vous vous remariez, un contrat de mariage adapté, rédigé par un notaire, peut protéger l'outil professionnel.

Pour le partage de l'entreprise, chaque époux bénéficie de son propre avocat, ce qui garantit un conseil indépendant. Chez Divorcial, le conseiller vous précise lors de son appel le prix adapté à votre situation ; l'éventuelle évaluation par un expert s'y ajoute.

À retenir

L'associé garde ses parts, mais leur valeur peut être commune. Elle se partage par compensation ou par soulte, sur la base d'une évaluation acceptée par les deux époux.

Questions fréquentes

Mon conjoint peut-il devenir associé de ma société à cause du divorce ?

Non, le divorce ne le fait pas entrer au capital. Pendant le mariage, sous la communauté, le conjoint peut seulement revendiquer la qualité d'associé, sous conditions, pour des parts non négociables acquises avec des biens communs (article 1832-2 du Code civil). Ce droit cesse à la dissolution de la communauté.

L'entreprise créée avant le mariage peut-elle être partagée ?

Elle reste propre à son créateur. Mais si la communauté a financé son développement, par exemple par un apport de fonds communs, une récompense peut être due à la communauté lors du partage. Les revenus économisés pendant le mariage restent, eux, communs.

Qui paie l'expert qui évalue l'entreprise ?

La loi ne l'impose pas à l'un ou à l'autre. Dans un divorce amiable, les époux décident ensemble de la répartition de ces frais, souvent par moitié. Elle est ensuite indiquée dans la convention.

Les dettes de l'entreprise sont-elles partagées entre époux ?

Les dettes d'une société sont celles de la société, pas des époux. En revanche, un engagement de caution personnel du dirigeant peut peser sur le couple. Sous la communauté, il n'engage les biens communs que si l'autre époux y a consenti expressément (article 1415 du Code civil).

Sources