Violences conjugales : le divorce amiable est-il adapté ? Se protéger d'abord

En cas de violences ou d'emprise, le divorce amiable est rarement adapté : il suppose une négociation libre et à égalité. La priorité est votre sécurité. En danger, appelez le 17 ou le 112, ou envoyez un SMS au 114. Le 3919 écoute gratuitement et anonymement, 24 h/24. Le juge peut délivrer une ordonnance de protection, même sans plainte.

Si vous êtes en danger maintenant

Appelez le 17 (police-secours) ou le 112. Si vous ne pouvez pas parler, par exemple parce que l'auteur est présent, envoyez un SMS au 114, accessible 24 h/24. Si quelqu'un peut voir votre ordinateur ou votre téléphone, pensez à effacer votre historique après avoir lu cette page.

Le divorce amiable est-il possible en cas de violences conjugales ?

Juridiquement, aucun texte n'interdit le divorce par consentement mutuel en cas de violences. Mais dans la plupart des situations de violences ou d'emprise, il n'est pas adapté. Un divorce sans juge repose sur un accord négocié librement entre deux personnes qui peuvent se parler à égalité ; la peur rend cet équilibre impossible.

Dans un divorce amiable, aucun juge ne contrôle le contenu de l'accord : le notaire vérifie seulement la présence des mentions obligatoires et le respect du délai de réflexion. Une victime qui signe sous la pression risque d'accepter un partage défavorable, une organisation des enfants dangereuse, ou de renoncer à des droits. Une convention signée ne peut ensuite être remise en cause que dans des cas limités.

La procédure judiciaire, à l'inverse, permet au juge aux affaires familiales de prendre des mesures de protection, de statuer sur les enfants et d'organiser la séparation sans que vous ayez à négocier face à face. C'est votre avocat qui vous aidera à choisir, en tenant compte de votre sécurité avant tout.

Qui appeler en cas de violences conjugales ?

Plusieurs numéros publics existent, avec des rôles différents. Selon service-public.gouv.fr et arretonslesviolences.gouv.fr :

NuméroPour quoiDisponibilité
17 ou 112Urgence : police ou gendarmerie. Le 112 fonctionne aussi dans les autres pays de l'Union européenne.24 h/24
114Alerte par SMS si vous ne pouvez pas parler ; aussi pour les personnes sourdes ou malentendantes24 h/24, gratuit
3919Violences Femmes Info : écoute, information, orientation. Ne traite pas les urgences.24 h/24, 7 j/7, gratuit et anonyme
115Samu social : hébergement d'urgence24 h/24
116 006Aide aux victimesTous les jours, 9 h à 20 h
119Enfant en dangerTous les jours, jour et nuit, gratuit

Une plateforme de signalement en ligne permet aussi d'échanger par tchat, à toute heure, avec des policiers ou gendarmes formés. Attention : un signalement en ligne n'équivaut pas à une plainte.

Qu'est-ce que l'ordonnance de protection ?

L'ordonnance de protection est une décision du juge aux affaires familiales qui protège en urgence une victime de violences au sein du couple (articles 515-9 à 515-13 du Code civil). Elle peut être demandée même si vous n'avez pas porté plainte.

La demande se fait par requête au juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire, avec toutes les preuves disponibles. Selon service-public.gouv.fr, l'audience doit avoir lieu dans les 6 jours suivant la fixation de sa date. Le juge peut notamment :

Les mesures durent 12 mois à compter de la notification. Elles peuvent être prolongées si une demande en divorce, en séparation de corps ou relative à l'autorité parentale est engagée pendant ce délai. Ne pas respecter une ordonnance de protection est un délit, puni de 3 ans d'emprisonnement et de 45 000 € d'amende.

L'ordonnance provisoire de protection immédiate

En cas de danger grave et immédiat, le procureur de la République peut, avec votre accord, demander une ordonnance provisoire de protection immédiate (article 515-13-1 du Code civil). Le juge statue dans les 24 heures, sans audience. Elle s'applique jusqu'à la décision sur l'ordonnance de protection.

Comment porter plainte pour violences conjugales ?

La plainte peut être déposée dans le commissariat ou la gendarmerie de votre choix, ou adressée par courrier au procureur de la République. Joignez les preuves dont vous disposez : certificat médical, compte rendu d'une unité médico-judiciaire, photos, messages, attestations.

Un certificat médical n'est pas obligatoire pour porter plainte, mais il constitue une preuve utile. Conservez des copies de vos documents importants (pièces d'identité, livret de famille, documents bancaires) hors du domicile, chez une personne de confiance ou dans un coffre-fort numérique. L'application publique « Mémo de vie » permet de stocker documents et preuves en ligne.

Quelles aides pour quitter le domicile ?

Plusieurs dispositifs permettent de partir rapidement et de faire face aux premières dépenses. Le principal est l'aide universelle d'urgence, versée par la Caf ou la MSA.

Quel divorce engager en cas de violences ?

C'est une décision à prendre avec votre avocat, qui connaît les procédures et peut agir vite. La voie judiciaire offre plusieurs garanties absentes du divorce sans juge.

Les violences et les comportements injurieux figurent parmi les fautes qui peuvent fonder un divorce pour faute, selon service-public.gouv.fr. Le juge peut aussi être saisi d'autres formes de divorce, et prend des mesures provisoires pour les enfants et le logement pendant la procédure. La médiation familiale, elle, n'est pas possible lorsqu'un parent a commis des violences sur l'autre parent ou sur l'enfant.

Pour les enfants, depuis le 18 mars 2024, un parent poursuivi pour un crime commis sur l'autre parent voit l'exercice de son autorité parentale et son droit de visite suspendus jusqu'à la décision de justice. Dans certains cas, l'époux violent peut aussi perdre les avantages de son contrat de mariage. Votre avocat vous indiquera ce qui s'applique à votre situation. Si vos revenus sont modestes, l'aide juridictionnelle peut prendre en charge tout ou partie de ses honoraires.

À retenir

Personne n'a à négocier un divorce avec quelqu'un dont il a peur. Une procédure judiciaire, avec une ordonnance de protection si nécessaire, permet d'organiser la séparation sous le contrôle d'un juge. Le 3919 peut vous orienter, et un avocat peut agir en urgence.

Comment protéger les enfants pendant la séparation ?

L'ordonnance de protection peut organiser l'autorité parentale et le droit de visite, et fixer les modalités du droit de visite dans l'intérêt de l'enfant. L'ordonnance provisoire de protection immédiate peut suspendre le droit de visite et prévoir la dissimulation de votre adresse.

Si vous craignez pour la sécurité d'un enfant, le 119 est joignable gratuitement à toute heure. Pour la façon d'en parler avec eux, notre guide annoncer le divorce aux enfants donne des repères généraux ; dans un contexte de violences, demandez conseil aux professionnels qui vous accompagnent.

Questions fréquentes

Peut-on demander une ordonnance de protection sans avoir porté plainte ?

Oui. L'ordonnance de protection peut être demandée au juge aux affaires familiales sans plainte préalable. Il faut produire les éléments disponibles, comme des certificats médicaux, messages ou attestations, qui rendent vraisemblables les violences et le danger.

Le 3919 est-il un numéro d'urgence ?

Non. Le 3919 est un service d'écoute, d'information et d'orientation, gratuit et anonyme, disponible 24 h/24 et 7 j/7. En cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112, ou envoyez un SMS au 114 si vous ne pouvez pas parler.

Les violences psychologiques sont-elles prises en compte ?

Oui. L'ordonnance de protection vise les violences exercées au sein du couple, qui ne se limitent pas aux coups : menaces, humiliations, contrôle ou harcèlement peuvent être invoqués. Votre avocat ou une association vous aidera à réunir les preuves.

Mon conjoint me pousse à signer vite un divorce amiable : que faire ?

Ne signez rien sous la pression. Le délai de réflexion de 15 jours est un minimum, pas une formalité. Parlez-en à votre propre avocat, qui est tenu au secret professionnel, et appelez le 3919, qui vous orientera vers un accompagnement adapté.

Faut-il un avocat pour demander une ordonnance de protection ?

Ce n'est pas obligatoire, mais c'est fortement conseillé : l'avocat prépare la requête, réunit les preuves et fait signifier la décision. L'aide juridictionnelle peut couvrir ses honoraires si vos ressources sont modestes.

Sources