La séparation de corps par consentement mutuel : procédure, effets et conversion en divorce

La séparation de corps permet de vivre séparément sans dissoudre le mariage. Par consentement mutuel, elle suit les mêmes étapes qu'un divorce amiable : un avocat par époux, 15 jours de réflexion, dépôt chez un notaire. Elle met fin au devoir de vivre ensemble et entraîne la séparation de biens, mais le devoir de fidélité et le devoir de secours subsistent.

Qu'est-ce que la séparation de corps ?

La séparation de corps est une situation prévue par la loi (articles 296 à 308 du Code civil) dans laquelle les époux restent mariés mais ne sont plus tenus de vivre ensemble. Le lien conjugal n'est pas rompu : on ne peut ni se remarier ni conclure un PACS.

Elle se distingue de la simple séparation de fait, qui n'est encadrée par aucun texte : des époux qui vivent chacun de leur côté sans démarche restent soumis à toutes les obligations du mariage, y compris la contribution aux charges du mariage, et à leur régime matrimonial. La séparation de corps, elle, est officielle : elle produit des effets juridiques précis et elle est mentionnée en marge des actes d'état civil.

Elle est réservée aux couples mariés. Des partenaires de PACS ou des concubins qui se séparent n'ont pas accès à cette procédure.

Pourquoi choisir la séparation de corps plutôt que le divorce ?

Les raisons sont personnelles, et le droit ne demande pas de les justifier. Les plus fréquentes sont des convictions religieuses ou morales opposées au divorce, le souhait de prendre du recul sans rompre définitivement, ou la volonté de conserver certains effets du mariage.

Le principal effet conservé concerne la succession : selon service-public.gouv.fr, le conjoint séparé de corps garde ses droits légaux de conjoint survivant, sauf si les époux y renoncent par convention. Le devoir de secours subsiste lui aussi et peut justifier le versement d'une pension à l'époux dans le besoin. Ce sont des différences importantes avec le divorce, qui met fin à ces droits.

À l'inverse, si votre objectif est de pouvoir refaire votre vie avec un nouveau mariage ou un PACS, seul le divorce le permet. Le guide divorce amiable ou judiciaire présente les autres voies.

Comment obtenir une séparation de corps par consentement mutuel ?

La procédure amiable est calquée sur celle du divorce par consentement mutuel. Selon service-public.gouv.fr, elle comporte les étapes suivantes :

  1. chaque époux choisit son avocat ;
  2. les avocats rédigent un projet de convention réglant toutes les conséquences de la séparation ;
  3. chaque avocat l'adresse à son client par lettre recommandée avec avis de réception ;
  4. un délai de réflexion de 15 jours s'écoule avant toute signature ;
  5. la convention est signée en trois exemplaires ;
  6. dans les 7 jours suivant la signature, un avocat transmet un exemplaire à un notaire, qui vérifie les mentions obligatoires et le respect du délai de réflexion, puis la dépose au rang de ses minutes.

Ce dépôt donne à la convention date certaine et force exécutoire. Comme pour le divorce, si un enfant mineur demande à être entendu, la séparation doit passer devant le juge, qui homologue la convention. Pour le détail de chaque étape, voyez le guide procédure du divorce par consentement mutuel.

Et par la voie judiciaire ?

La séparation de corps peut aussi être demandée au juge aux affaires familiales, avec un avocat obligatoire, sur les mêmes fondements que le divorce judiciaire : acceptation du principe de la séparation, faute, ou altération définitive du lien conjugal.

Quels sont les effets de la séparation de corps ?

La séparation de corps supprime certaines obligations du mariage et en maintient d'autres. Le tableau ci-dessous les compare avec le divorce, d'après service-public.gouv.fr.

EffetSéparation de corpsDivorce
MariageMaintenuDissous
Obligation de vivre ensembleSuppriméeSupprimée
Devoir de fidélitéMaintenuSupprimé
Devoir de secoursMaintenu : pension possibleRemplacé par une éventuelle prestation compensatoire
Régime matrimonialSéparation de biensRégime liquidé
Nom d'usageConservé, sauf interdiction par la conventionPerdu, sauf accord ou autorisation
ImpôtsPlus d'imposition communePlus d'imposition commune
SuccessionDroits de conjoint survivant maintenus, sauf renonciationPlus aucun droit
Remariage ou PACSImpossiblePossible

Pour les enfants, rien ne change par rapport au divorce : la convention organise l'autorité parentale, la résidence, le droit de visite et la pension alimentaire.

Que deviennent les biens du couple ?

La séparation de corps entraîne toujours la séparation de biens. Si vous étiez mariés sous un régime de communauté, celle-ci est liquidée et partagée, exactement comme lors d'un divorce : la convention comporte un état liquidatif, établi par un notaire s'il y a un bien immobilier.

Pour l'avenir, chacun devient seul propriétaire de ce qu'il acquiert et seul tenu de ses dettes personnelles. Si les époux reprennent ensuite la vie commune, ils restent soumis à la séparation de biens, sauf à adopter un nouveau régime matrimonial.

Exemple chiffré

Hélène et Bruno, mariés sans contrat depuis 25 ans, choisissent la séparation de corps pour des raisons religieuses. Leur communauté comprend un appartement estimé à 320 000 €, sans prêt, et 40 000 € d'épargne : 360 000 € d'actif net. Bruno garde l'appartement et Hélène l'épargne ; Bruno lui verse une soulte de 140 000 €, pour que chacun reçoive 180 000 €. Le droit de partage s'élève à 360 000 × 1,10 % = 3 960 €, hors émoluments du notaire. Hélène, dont les revenus sont nettement plus faibles, perçoit en outre une pension au titre du devoir de secours.

Comment prend fin la séparation de corps ?

La séparation de corps prend fin de trois façons : la reprise de la vie commune, la conversion en divorce, ou le décès de l'un des époux.

La reprise de la vie commune met fin à la séparation. Pour être opposable aux tiers, elle doit être constatée par un acte notarié ou déclarée à l'officier de l'état civil.

La conversion en divorce n'est jamais automatique. Selon service-public.gouv.fr, elle peut être demandée par l'un des époux lorsque la séparation de corps a duré deux ans, ou à tout moment par les deux époux d'un commun accord. Lorsque la séparation de corps a été obtenue par consentement mutuel, la conversion en divorce ne peut intervenir que par consentement mutuel (article 307 du Code civil).

À retenir

La séparation de corps amiable suit les mêmes étapes qu'un divorce amiable, mais laisse subsister le mariage, le devoir de fidélité, le devoir de secours et, sauf renonciation, les droits successoraux. Les biens, eux, sont séparés définitivement. Le passage au divorce reste possible, d'un commun accord.

Combien coûte une séparation de corps par consentement mutuel ?

Le coût est comparable à celui d'un divorce amiable, car le travail est le même : deux avocats, une convention complète, un dépôt chez le notaire, et le cas échéant un état liquidatif et le droit de partage de 1,10 %. Si la séparation est ensuite convertie en divorce, une nouvelle procédure sera nécessaire, avec ses propres frais.

C'est un élément à peser : pour un couple qui sait déjà qu'il divorcera, passer par une séparation de corps revient à payer deux procédures. Votre avocat peut vous aider à comparer. Pour les ordres de grandeur, voyez le guide prix d'un divorce amiable. Une séparation de corps prononcée par un juge implique en outre un timbre fiscal de 50 € pour la demande, sauf aide juridictionnelle.

Questions fréquentes

Peut-on refaire sa vie pendant une séparation de corps ?

Pas sur le plan juridique : le mariage subsiste et le devoir de fidélité aussi. Il est impossible de se remarier ou de conclure un PACS. Une nouvelle relation pourrait être invoquée comme une faute dans une procédure judiciaire ultérieure.

Les époux séparés de corps font-ils une déclaration d'impôt commune ?

Non. La séparation de corps met fin à l'imposition commune : chaque époux déclare ses propres revenus. C'est une différence avec la simple séparation de fait, pendant laquelle une déclaration commune reste possible.

Le conjoint séparé de corps hérite-t-il ?

Oui, en principe : il conserve les droits légaux du conjoint survivant. Les époux peuvent toutefois y renoncer en partie dans leur convention. Pour une situation précise, un notaire ou un avocat vous indiquera l'étendue de ces droits.

Peut-on garder le nom de son conjoint pendant la séparation de corps ?

Oui. Chaque époux conserve en principe l'usage du nom de l'autre, sauf si la convention ou le jugement l'interdit. Le nom d'usage n'est remis en cause qu'en cas de divorce, sauf accord de l'ex-conjoint ou autorisation du juge.

Sources